New Delhi : Sois la bienvenue en Inde mon amie, prête pour l’arnaque?

10:00

Bienvenue en Inde.
Je sors de l’Aéroport International de Indira Gandhi à New Delhi. 
Le ciel est gris, l’air est lourd. Je prends conscience de la chaleur intense qu’il fait à l’instant même où je mets le nez dehors. Le choc thermique crée de la buée sur les verres de mes lunettes de vue, la pollution, la chaleur ainsi que l’humidité me font sentir faible, très faible.
Je regarde à droite, à gauche, cherchant rapidement un moyen de transport pour me rendre à mon hôtel. Mon regard se pose sur un gars, la vingtaine, chemise blanche, une paire de jeans, tongues aux pieds complètement couvert de bijoux en toc. Il incarnait parfaitement le stéréotype de l’indien qui a baigné dans cette « culture » de l’ostentation que les acteurs Bollywoodiens « sapés comme jamais » prônent tellement.

Il ne me lâchait pas. « Ma Frend, ma frend wecom to India wecom to india » « Ma friend, Ma frend taxi taxi ». Je ne répondais pas et me dirigeais d’un pas rapide vers un petit stand qui faisait office de poste de police et de bureau pour Taxis prépayés. Un agent m’a demandé 400 roupies pour me rendre à mon hôtel. Je les lui ai remis et en retour je recevais deux reçus de couleurs différentes. Un de couleur jaune qui était ma copie et un de couleur rose, copie que j’étais censée remettre au chauffeur de taxi.

J’eu à peine le temps de commencer à réfléchir vers où me diriger que le jeune homme qui me suivait depuis mon arrivée m’arrachait déjà les deux papiers me montrant une voiture garée juste en face. (Ce jeune homme, je l’appellerais « Ma Friend » tout au long de mon récit). Avec la même violence que celle dont il a fait part pour me les arracher, je reprenais mes deux petits reçus et pour une raison que je ne saurais expliquer je montais quand même dans la voiture.

Grave erreur…

Et c’est comme cela que ma grande aventure à New Delhi a commencé. Je me retrouvais dans une voiture toute pourrie avec Ma Frend et un chauffeur tout aussi jeune que lui. Au moment de démarrer je commençais à prendre peur et une centaine de pensées négatives ont commencé à m’envahir. Et si ce n’était pas vraiment un taxi? Et s’ils me kidnappaient et me faisaient du mal? Qu’est ce que je fais là? Puis je me suis calmée lorsque je les voyais prendre la direction de Connaught Place, le quartier où se trouve mon hôtel. Sur la route j’observais les singes sautant des arbres dans le parc que nous étions entrain de longer.

Ma Frend me posait beaucoup de questions. D’où je venais? Pourquoi l’Inde? Pour combien de temps ?… Ce qui ne me rassurait pas du tout quant à ses intentions. Mais surtout il n’a pas arrêté de me parler d’un festival hindou qui se déroulait en ce moment à Delhi. 
Je répondais froidement pour lui faire comprendre que je n’étais pas d’humeur à discuter mais tout en restant polie et gardant un petit rictus au visage pour éviter toute tension.

Après une vingtaine de minutes la voiture s’arrêtait sur une avenue fermée par les barricades de police. Ma Frend a ouvert la porte de la voiture m’expliquant que le seul moyen pour accéder à mon hôtel est de passer par cette avenue. Il s’est porté volontaire pour descendre et demander aux agents de police si l’on pouvait quand même traverser la barricade.

Et oui… bien candide que je suis je l’ai cru. 
Il est revenu, d’un air désolé m’expliquant qu’il ne savait pas exactement quoi faire et qu’il me conduirait à une agence de voyage où je pourrais téléphoner à mon hôtel et trouver directement une solution avec eux.

Benvenue en Inde, Singes New Delhi

Deuxième grave erreur…

Pourtant je n’étais pas une débutante. J’avais l’habitude des taxis à l’aéroport. J’aurais dû descendre avec lui et demander moi même aux policiers si effectivement le seul moyen d’arriver à mon hôtel était de passer par cette avenue. 
Nous arrivions à l’agence « Delhi Tourism ».

Un bureau miteux, une odeur de tabac froid mélangée à la puanteur de toilettes sûrement non lavées depuis que le temple d’or a été pris d’assaut. Un grand brun bedonnant m’accueille. Je lui explique ma situation et il se propose très gentiment de m’aider. Il me demande de lui donner le numéro de téléphone de mon hotel pour qu’il les appelle et qu’ils trouvent une solution à mon problème. 
Je lui remet le numéro qu’il s’empresse d’appeler. Il parle à la réception de l’hôtel en Hindou puis me les passe. Et là, le supposé réceptionniste m’annonce que l’hôtel est fermé parce que personne ne peut y accéder.

Je n’y crois pas. Puis il m’explique qu’un festival Hindou prendra place à New Delhi pour les 4 prochains. Ainsi, pour des raisons de sécurité le centre de Delhi et Connaught Place sont interdits d’accès. 
Je le reprends en lui expliquant que la veille j’avais appelé l’hotel pour confirmer ma réservation. Personne ne m’avait mentionné l’existence de ce festival. Ma réservation était bien confirmée et payée. Ainsi, il devait me trouver rapidement une solution.
Il me répond en balbutiant en anglais avec un très fort accent qui rendait notre communication très difficile, que je pouvais passer à l’hôtel après le festival pour recevoir mon remboursement. Je ne le laissais pas parler plus. C’était maintenant clair. Tout ceci n’était qu’un coup monté. J’ai peur, très peur. Mais je garde mon calme et mon visage neutre ne dévoilant aucun de mes sentiments. Je remerciais le propriétaire de l’agence et Ma Frend en me dirigeant vers la sortie. Les deux me suivent à la porte et Ma Frend m’interpelle en me disant qu’il lui fallait les deux reçus pour que l’agence de Taxi le paye.

Je ne sais toujours pas à ce jour où j’ai trouvé le courage mais surtout la lucidité de lui dire d’un ton très ferme:  » Je te donnerais ton reçu lorsque tu me déposera à l’hôtel. Je n’ai pas payé pour venir ici, mais pour aller à mon hôtel. Alors pas de reçu pour toi. » Au moment même où ces mots sortaient de ma bouche, une voix me disait: « Aida, mais tu as perdu ta tête! Ils ne feraient de toi qu’une bouchée! Souris, donne lui ces foutus reçus et continue ton chemin ».
Ma Frend, tout déstabilisé s’attendait encore moins que moi à une réaction pareille de ma part. Puis tout perdu, il appela un rickshaw (les motos taxi locaux) pour tenter de me conduire à mon hôtel.

Et la mise en scène continue…
D’un air sûr, je lui dis qu’il était hors de question que je paye quoi que ce soit au rickshaw et que c’était à lui de trouver une solution. Il sorti 100 roupies de sa poche, les donna au chauffeur en me redemandant les deux reçus. Je sortis le reçu rose en lui disant que le jaune était le mien et qu’il n’y avait aucune raison qui justifie le fait qu’il le récupère. Je montais dans le rickshaw fière, étant convaincue que j’étais sur le point de sortir de cette sphère de voleurs.

Bienvenue en Inde New Delhi Rickshaw

Troisième grave erreur…

Je ne réalisais pas à quel point ma peur et mon stress pouvaient se ressentir très clairement. Et tout cela ne faisaient qu’accroitre leur envie de m’arnaquer. Envie de m’arnaquer qui elle ne faisait qu’accroître ma peur et mon stress. Ainsi, toute cela devenait un abominable cercle vicieux qui me semblait interminable.
Le rickshaw tournait en rond, me conduisant à toutes les barricades de police de la ville. Il tentait de me faire croire que l’accès à Connaught Place est impossible à cause du festival. 
Puis, il s’arrêta pour demander à un agent de police, cette fois ci en ma présence. L’agent s’est adressé directement à moi m’expliquant que je devais me rendre au centre d’informations touristiques de la ville. Il m’expliqua qu’eux seuls me trouveraient une solution.

Et je revoyais l’histoire se reproduire une deuxième fois… 
Un simple agent de police, un chauffeur de rickshaw arrêté au hasard sur la route. J’avais affaire à une sorte de Mafia. 
À ce stade, je croyais réellement à leur supercherie de festival Hindou. Cependant, je ne croyais pas une seule seconde à l’histoire de l’accès impossible à l’hôtel.
 Après avoir tourné en rond pendant plus de 30 minutes j’arrivais enfin à une deuxième agence déguisée en centre d’informations pour touristes.

La même histoire. Ali, un brun aux yeux verts, assis devant son film d’action, levait les yeux pour me regarder. Il m’a regardé de bas en haut, puis de haut en bas avant de me demander ce qui m’amenait à lui. Je lui expliquais ma situation. Il me répondit d’un ton froid et désintéressé que le festival avait beaucoup d’impact sur la ville.

Puis, il rajouta qu’il ne pouvait même pas me laisser utiliser son Wi-Fi pour des raisons de sécurité. Il m’expliqua que la seule chose qu’il pouvait faire c’était m’aider à trouver un hôtel en dehors de la zone barricadée. Enfin, il s’est arrêté de parler quelques secondes avant de me dire : « Aida, le seul conseil que je puisse te donner est de quitter New Delhi et revenir après le festival. Pour les trains et les bus il est déjà trop tard, mais je peux te trouver un chauffeur qui t’emmènera à Rishikesh pour 250 euros.

Un long et pesant silence s’est installé. Il rajouta sur un ton humoristique qui ne fit rire que lui : « L’Inde tu l’aimes ou tu la quittes ». Je lui ai souri. J’ai pris mon sac à dos, l’ai remercié et je suis sortie.
À la porte de l’agence je rencontrais un couple d’Espagnols, sur le point de monter dans une voiture pour Agra. Je leur ai demandé s’ils avaient le même problème que moi, ils m’ont expliqué que oui. Ils m’ont aussi proposé de partir avec eux en partageant les frais. Au même moment, le chauffeur en Espagnol leur dit que ce n’est pas possible et que les voitures ne peuvent emmener que deux personnes. Ils avaient l’air désolés de me laisser là sans solution concrète mais ils partirent quand même.
 Plus tard, c’est moi qui me suis sentie désolée pour eux, ils étaient tombé dans le piège.

Ma bombe lacrymogène à la main, je marchais dans les rues sales de New Delhi. Je cherchais désespérément un endroit avec une connexion internet. 
Un grand café attire mon attention. Je décide de m’y installer, déposer mon sac à dos qui commençait tout de même à peser lourd et prendre le temps de réfléchir à une solution. 
L’endroit n’était pas d’un grand confort, mais j’étais assise dans une salle climatisée. Je pouvais acheter une bouteille d’eau minérale, et cela me suffisait. 
J’étais installée, et avant même de commencer à réfléchir à une solution je me rappelais de la carte SIM que j’avais acheter préalablement à l’aéroport. Elle devait s’activer dans les quatre heures suivant l’achat. 
J’étais au bout de ma peine. J’allais pouvoir téléphoner, utiliser Google et trouver une solution à mon problème. Bien évidement, aucune existence de festival à New Delhi pendant mes recherches. Je commandais un Uber, et décidais de me rendre directement à l’hôtel sans perdre de temps et d’énergie à leur téléphoner. Une quinzaine de minutes me séparaient d’une longue douche et d’un « bon » repas chaud.

bienvue en Inde, rues de new delhi

La chute…

J’arrivais à l’hôtel toute tendue, expliquant au personnel de l’accueil ce qu’il venait de m’arriver. Non surpris, ils se sont excusés du comportement de leurs compatriotes. Ils ont tenté tant bien que mal de me calmer. Ils m’ont rappelé que l’Inde est un beau pays et que je ne devais pas laisser cet épisode ruiner mon séjour.
 La peur et la panique passées, je me suis sentie très fière de ne pas être complètement tombée dans leur piège. Cependant, je ne pouvais m’empêcher de penser à ces centaines de touristes et voyageurs qui se font avoir par ces chacals tous les jours dans tous les coins du pays. Cet épisode étant clôturé, pour toi Ma Friend, toutes mes ondes positives et un grand sourire accompagné d’un Namaste qui prend tout son sens dans ce contexte. Grâce à toi, j’ai eu une bonne leçon. Je suis ainsi préparée à bien affronter ce qui m’attend pour les semaines à venir…
Ce petit passage par l’Inde promet déjà d’être intense en émotions. J’ai hâte de découvrir ce que ce merveilleux pays a à m’offrir.

Pour mieux vous aider à organiser votre voyage à New Delhi consultez mes articles « Bien préparer un voyage en Inde: 8 précautions à prendre » et « New Delhi: Les Cinq Meilleurs Quartiers Où Loger En Toute Sécurité »

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Écrit par
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2 Commentaires

  • Bonjour Aida,

    Je suis la maman de Charlotte, une jeune fille de 23 ans qui vient de terminer son stage à Melbourne et qui prend son avion de retour demain. Elle a une escale à New Delhi pour 30h, elle va sortir de l’aéroport pour aller en centre ville et faire un peu de tourisme. Elle a obtenu son visa temporaire. Je suis super angoissée, elle n’a pas réservé d’hôtel et à la lecture de ce post je suis encore plus inquiète ! Avez vous l’adresse d’un hôtel pas trop cher où elle pourrait aller directement sans passer par « Ma Frend » dans un quartier sécur et où elle pourra voir quelques trucs sympa avant de repartir vers l’aéroport de manière aisée sans rater son vol retour ?!? 🙂
    J’espère de tout coeur que vous lirez ce message à temps et que vous aurez un moment pour me répondre. Un grand merci d’avance. Judith Grudé

  • Bonjour Judith,

    Je viens de recevoir votre commentaire.
    Ne vous inquiétez pas pour votre fille et ayez confiance en elle. Elle a la tête sur les épaules, un minimum d’expérience dans la vie et elle saura bien s’en sortir.
    New Delhi est un vrai Chaos mais on s’en sort très bien lorsqu’on prend certaines précautions.
    Il faut lui expliquer cette arnaque et tout ira bien… elle ne tombera pas dans le panneau.
    Petit conseil de ma part: qu’elle se rendre à l aéroport bien à l avance car le traffic et les embouteillages à New Delhi sont vraiment galères.
    En ce qui concerne l’hotel, je n’ai pas de recommendation pas chère, ma maman avait tellement peur pour moi qu’elle m’a elle même payé mes nuits à l’hotel à New Delhi dans un hotel 4 étoiles ( c’était mes premiers jours en Inde le temps de m’adapter) .
    Mon conseil, choisir son logement dans la zone « Connough place » c’est bien central et relativement sécurisé.
    Sa journée se passera bien ne vous inquiétez pas pour elle. Mettez y une bonne intention et expliquez lui les arnaques communes là bas et elle s’en sortira bien!
    Dernier conseil, il vaut mieux utiliser Uber ou Ola ( Uber local) comme moyen de transport, c’est plus sur et moins cher que les taxis ou les motos rickshaw.
    Donnez moi de ces nouvelles après son petit stop à New Delhi.
    Bonne journée

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